Pierre BONNARD (1867-1947)

Lot 57
Résultat: 520 000 €

Pierre BONNARD (1867-1947)

Marthe à la nappe blanche, 1926 Huile sur toile, signée en bas à droite. 69 x 54 cm Provenance: Acquis de Bonnard en décembre 1926 par Jacques Rodrigues-Henriques. Collection J. Rodrigues-Henriques. Collection particulière. Expositions: Salon des Indépendants, Paris, 1927, n°404. Salon du Sud-Ouest, 1927. Hommage à Bonnard, Salon des Indépendants, Paris, 1947. Bonnard, Musée de Mulhouse, 20 oct.-4 nov 1951, n°13. Bonnard, Paris, Maison de la Pensée française, 1955, n°33. Pierre Bonnard, Paris, Musée de l'Orangerie, 1967, n°112. Bibliographie: J. et H. DAUBERVILLE, Bonnard, Catalogue raisonné de l'oeuvre peint, vol. 3 (1920-1939), reproduit page 292, n°1359. F.C. Estimation sur demande Marthe, assise sur une chaise, caresse son basset, le chien favori de l'artiste. Dans la salle à manger, la table est dressée, tandis qu'un volet est ouvert sur le jardin. La scène se situe à Vernon, propriété du peintre depuis 1912; on y reconnait les murs en bois couleur acajou, le dossier à barreaux des chaises, le service de table en faïence blanche à liseré jaune, déjà présents dans La Salle à Manger de Vernon, 1916 (Daub. 2094, The Metropolitan Museum of Art, New York, fig.2) ou dans La Nappe Blanche, 1925 (Daub. 1309, Von der Heydt-Museum, Wuppertal). En 1925, Bonnard épouse Marthe qui était sa compagne depuis 32 ans. Elle avait été le modèle favori du peintre. On leur doit les plus beaux nus de l'histoire de la peinture française. Cette thématique intimiste avait été abordée dès l'époque Nabis (années 1890). Puis elle a été développée dans les décennies suivantes au gré des recherches spatiales et coloristiques du peintre. On rapprochera de notre tableau: Black ou la femme au chien, 1907 (Daub. 442, Kunsthaus, Zurich) - Intérieur à la lampe, 1907 (Daub. 448, Galleria d'Arte Moderna, Milan, fig.1) - Le café, 1915 (Daub. 822, Tate Gallery London): dans ce tableau le basset a eu le droit de poser deux pattes sur la nappe! - Intérieur ou la femme au chien, vers 1920 (Daub. 1028, Musée d'Orsay, Paris, fig.3) - La soirée sous la lampe, 1921 (Daub. 1096, Musée d'Orsay, Paris, fig. 4) - Femme tenant un chien, 1922 (Daub. 1156, The Philipps Collection, Washington) - Avant le dîner, 1924 (Daub. 1266, The Metropolitan Museum of Art, New York, fig. 5) - Le corsage rouge, 1925 (Daub. 1319, Centre Georges Pompidou, Paris, fig.6) - Intérieur Blanc, 1932 (Daub. 1497, Musée de peinture et de sculpture, Grenoble). ~ Composition ~ Le tableau est structuré par des lignes verticales, horizontales ou obliques et l'espace se trouve relativement contracté. Seul le plateau de la table recouvert de la nappe blanche, légèrement basculé vers le spectateur, creuse un peu l'espace de la pièce tandis que le volet vert ouvre une perspective oblique vers l'extérieur du jardin. Le modèle est vu légèrement pardessus, ne dévoilant que sa chevelure et une faible partie de son visage. Ce parti-pris est habituel chez Bonnard; ainsi, «le visage de Marthe reste une constante source de mystère» (Evelyn Benesch, Bonnard Fondation Beyeler, 2012). ~ Couleurs ~ Les couleurs ont chez Bonnard une fonction unificatrice entre le sujet vivant et son décor: ainsi les motifs rouges de la nappe flamboient sur le blanc du coton, comme le corsage vermillon sous la veste blanche de Marthe. Vers le milieu des années 20, Bonnard découvre l'exaltation lumineuse que procurent des couleurs vives confrontées à des blancs (ici nuancés ou éclatants) et à des noirs (ici profonds ou légèrement teintés aubergine). Les couleurs chaudes et phosphorescentes (vermillon, carmin, orangé ou jaune) trouvent leur froid contrepoint dans les ombres bleues et transparentes de la vaisselle et de la table. ~ Un chef-d'oeuvre d'intimisme ~ On sait, qu'à la différence des impressionnistes, Bonnard ne peignait pas face à son sujet. «Je me sens très faible», confessa-t-il en 1943, «Il m'est difficile de me contrôler face aux objets». Il griffonnait la composition rapidement en plusieurs petites études au crayon puis une fois à l'atelier les transposait lentement sur la toile. Tout l'Art de Bonnard est présent dans Avec Marthe à la nappe blanche, qui nous livre ici un chef-d'oeuvre: luminosité somptueuse, couleurs délectables, subtilité de l'atmosphère. Il réalise, enfin, en art selon le voeu de Goethe «la difficile simplicité» (Jean Leymarie, Exposition Kunsthaus, Zurich, 1949). Matisse, ces mêmes années 20, n'avait-il pas déclaré: «De nous tous, c'est Bonnard qui est le plus fort»
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